Your Shadow Will Shine - Requiem Notebook

 

1. Requiem (The Words / Las Palabras)  3:48

2. Dies irae (The Seconds / Los Segundos)  3:23

3. Liber scriptus (Wandering Dreams / Sueños sin rumbo)  5:40

4. Rex tremendae (Mad Wind / Viento loco)  5:34

5. Confutatis (Powder and Love / La Pólvora y el Amor)  3:43

6. Lux aeterna (The Promise / La Promesa)  17:33

 

With the voices of Mercedes Albaina, Maëlise Blosse, Kô Iwatsu, Junko Minobe, Françoise Murillo and Jacques Burtin

Requiem for a child voice and other music by Jacques Burtin

Chants performed by Lucía Gandarias

Sounds of 3/11 Madrid provided by TVE (Spanish National Broadcasting)

Texts by Bruno Dellinger, Miguel Hernandez, Jacques Burtin, and japanese poets

Written, produced and edited by Jacques Burtin

 

Your Shadow Will Shine - Requiem Notebook is a Tribute to the Victims and Survivors
of the 9/11 attacks, 3/11 Madrid bombings and other terrorist attacks.

 

The first version of this work accompanied Maria Jesús Cueto’s installation
EL PALACIO DE LA MEDUSA
(Castello della Rocca di San Giorgio, Lombardy, july 2004).

 

Illustration above: The book by Bruno Dellinger
World Trade Center, 47ème Etage (Editions Robert Laffont, Paris, 2002)
which inspired
Your Shadow Will Shine - Requiem Notebook

 

*

 

Your Shadow Will Shine - Requiem Notebook

a genesis

(Text in French)

 

The following text by Jacques Burtin is an excerpt from
La Tentation du Peu (The Temptation Of The Minimal)
and was written fall 2004 for a Conference at the University of Metz.

 

 

En avril 2004, María Jesús Cueto, artiste espagnole, professeur à l’Ecole des Beaux-Arts de l’Université du Pays Basque, me faisait une demande bien particulière. Il s'agissait de mettre en forme des documents sonores qui venaient de lui être confiés par la Télévision Nationale Espagnole. Un mois plus tôt, le 11 mars 2004, une série d'attentats avaient eu lieu à Madrid. María Jesús Cueto, qui était invitée l'été suivant à présenter son oeuvre dans un musée italien, souhaitait rendre hommage aux victimes de ces attentats.

Les documents en question étaient les enregistrements qui avaient été réalisés dans les instants qui avaient suivi les explosions ; dans l’un d’entre eux, une jeune femme qui vient d’échapper à la mort téléphone à un proche lorsqu’une nouvelle explosion retentit. L'artoste souhaitait que je fasse un montage à partir de ces sons bruts, toute liberté m'étant donnée quant à la forme.

Tandis que María Jesús Cueto m’exposait son projet, j’étais en butte aux sentiments les plus contradictoires, et d’abord à une levée intérieure de boucliers, l’utilisation de ce type de documents (qu’ils soient photographiques, cinématographiques ou sonores) - surtout lorsqu’ils relèvent d’une matière aussi douloureuse et brutale - étant à l’opposé de ma pratique artistique ; par ailleurs je ne pouvais manquer de m’interroger sur le droit de l’artiste à développer son travail autour de tels événements, eu égard aux êtres qui les ont directement vécus (familles des victimes et survivants). Tout m’aurait donc poussé à écarter – avec tout le respect dû à María Jesús Cueto, dont la sincérité n’était pas en cause – une telle proposition.

Néanmoins une autre voix – comme remontée du fond de ma conscience – commençait à se faire entendre. D’abord sous la forme d’un poème de trois vers dû à la plume du poète espagnol Miguel Hernández, mort de tuberculose dans les prisons du Général Franco au lendemain de la Guerre Civile espagnole :

 

Por un huerto de bocas
futuras y doradas,
relumbrará mi sombra.

 

Dans un jardin de bouches
Futures et dorées,
Mon ombre brillera.

 

Ce poème était suivi, quelques secondes plus tard, de cet autre poème, un haïku cette fois, dû à la plume de Samboku (poète japonais du XVIIème siècle) :

 

Comme la main droite
d’une sage-femme,
la feuille d’érable en automne.

 

Je comprenais, tandis que l’artiste m’expliquait ses intentions, qu’à mon corps défendant une part de moi, de mon être profond, venait de lancer des ponts vers cette réalité qui se présentait à moi, et que sans aucun doute je pouvais – ou plutôt je devais – faire ce qui m’était demandé, quelles que fussent mes réticences.

A l’écho des deux poèmes s’ajoutait la lecture d’un livre faite dans les semaines qui avaient précédé cette rencontre. Il s’agit de « World Trade Center, 47ème étage » de Bruno Dellinger (Editions Robert Laffont, Paris, 2002). Ce chef d’entreprise avait ses bureaux dans la Tour 1 du World Trade Center et vécut de plein fouet l’attaque terroriste, échappant par deux fois à la mort, parvenant d’abord à quitter la tour puis échappant d’extrême justesse à son effondrement. Or le livre de Bruno Dellinger ne s’arrête pas là. L’histoire de ce livre, c’est l’histoire – après ce face-à-face avec le néant – d’un homme qui trouve en lui la force de continuer à vivre, de reconstruire son entreprise (qui reposait entièrement sur des données informatiques irrémédiablement détruites) et de redonner courage à ses collaborateurs ayant perdu toute espérance et toute raison de vivre.

Par ailleurs, Bruno Dellinger est un amateur d’art au regard très sensible. Avec le World Trade Center se sont évanouis des chefs d’œuvre de l’art contemporain – la plus grande tapisserie réalisée par Miró, des œuvres de Rodin, de Calder, de Roy Lichtenstein, de Louise Nevelson. Le livre de Bruno Dellinger est, tout autant qu’un hymne à la vie, un mémorial des œuvres d’art perdues ce jour-là pour l’humanité, ainsi qu’un appel à la Beauté qui vit en chacun de nous, Beauté que l’art seul peut cristalliser et donner à voir.

A la fin de mon entretien avec María Jesús Cueto, ma décision était prise, notre accord scellé : je réaliserais la bande-son de son installation.

J’entrepris aussitôt de réaliser trois tâches distinctes et à mes yeux complémentaires. La première consistait dans le choix des textes qui imprimeraient leur direction à l’ensemble et nourriraient les voix qui viendraient l’habiter – car la présence de voix, de voix diverses venues de différents continents, m’apparaissait comme primordiale (elles étaient pour moi comme la manifestation des liens invisibles qui unissent les êtres). Je choisis donc quelques poèmes de Miguel Hernández et un certain nombre de haïkus ; je choisis des passages du livre de Bruno Dellinger ; l’écriture de textes et de poèmes originaux vint compléter l’ensemble (textes ou poèmes uniquement constitués de mots - verbes ou substantifs -, à raison d’un par ligne, destinés à une locution lente et contenue). Les textes se répartissaient en quatre sections, espagnole, anglaise, française, japonaise, chacune étant originale (seuls quelques haïkus se retrouvaient ici et là). Je demandai aussitôt à deux personnes, à New York, à Takarazuka (Japon), d’enregistrer les sections anglaise et japonaise ; je me chargeais d’enregistrer les deux autres sections.

Simultanément, j’écrivais un Requiem pour voix d’enfant a cappella, en suivant le texte latin de la Missa pro Defunctis. J’enregistrai six passages de ce Requiem destinés à figurer dans les six mouvements qui constitueraient l’œuvre finale.

La troisième tâche consistait dans le choix et l’enregistrement de certains sons particuliers (un train, le souffle, le vent…), sons que je retravaillerais par la suite au moyen de l’équalisation et de la réverbération, ayant choisi de n’utiliser pour cette œuvre aucun instrument de musique, ou du moins aucun langage musical immédiatement intelligible, à l’exception du Requiem chanté.

J’utilisai également la kora, il est vrai, mais en travaillant tantôt sur la pulsation d’une corde seule, tantôt (pour la sixième et dernière partie, Lux Aeterna) sur un agrégat de notes dispersées dans l’espace selon des principes de hasard, puis repassées au peigne fin de ma subjectivité (j’aime et admire John Cage mais ne partage pas sa confiance absolue au hasard – fût-il cultivé dans un cadre strict : nous pouvons à nouveau nous fier à notre sensibilité. Nous avons eu l’âme lavée par tant d’orages…)

Your Shadow Will Shine – Requiem Notebook est dédié aux victimes et aux survivants des attentats du 11 septembre 2001 à New York ainsi que des autres attentats terroristes. La première version de cette pièce a accompagné l’installation de María Jesús Cueto ('"El Palacio de la Medusa" - "Le Palais de la Méduse") au château de la Rocca di San Giorgio (Lombardie) en juillet 2004. Your Shadow Will Shine - Requiem Notebook a été complété dans les mois qui ont suivi.

 

Jacques Burtin

 

 

www.jacquesburtin.com